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19.10.2008
Ils avaient prévu la crise
Un article sur la crise économique et financière que nous connaissons aujourd'hui peut-il avoir sa place sur un blog qui cause d'économie de proximité ? Je réponds (au moins) deux fois oui !
Oui, parce que l'on s'aperçoit plus que jamais qu'une économie qui s'éloigne de la réalité matérielle est vouée à s'effondrer tôt ou tard. C'est ce qui se produira immanquablement avec un marché de l'immobilier qui s'est apprécié de plus de 100 % en cinq ans dans certains endroits. C'est d'ores et déjà ce qui est advenu des outils financiers qui n'ont pas de liens avec la réalité économique. On relira avec plaisir les avertissements d'un Robert Shiller qui disait que "ce fut une bonne chose pour notre pays [les Etats-Unis] d'avoir encouragé l'accès à la propriété de son logement : cela procure un sentiment de participation, mais cela a aussi été une excuse pour avancer de l'argent de manière inconsidérée."
Oui aussi, parce que le petit entrepreneuriat, que je qualifie de proximité, a toujours fait les frais et continuera à souffrir de cette mondialisation ultra-libérale. Les petits chefs d'entreprise sont sans contestation les prolétaires du libéralisme à outrance. Il faut impérativement et rapidement revenir à une économie à visage humain, une économie de proximité qui respecte à la fois l'humain et la nature.
A l'heure où chacun se rejette les responsabilités de cette crise, où certains rapaces continuent à s'enrichir sur le cadavre du capitalisme ultra-libéral, il est bon de rappeler que quelques économistes ont pointé du doigt ces dérives. Des économistes que l'on ne peut pas vraiment mettre à gauche, qui sont inclassables et qui, par conséquent dérangent l'establishment. L'exercice n'est pas facile car les chantres de l'ultra-libéralisme, ceux qui continuent à chanter sur le Typhon, nous ont tellement bourré le crâne que l'on se sentirait presque coupables de s'opposer à leur pensée unique. Pensée unique qui, aujourd'hui, peut être qualifiée de pensée à deux balles ! Certains vont jusqu'à vous qualifier d'antisémites lorsque vous vous élevez contre l'argent-roi. Véridique.
Dans la revue Débat d'octobre, Paul Jorion se demande si "le capitalisme de marché [n'est pas] entraîné dans un processus de décomposition comparable à celui qui signa il y a vingt ans la décomposition du capitalisme d'Etat de type soviétique." Il a publié en 2007 Vers la crise du capitalisme américain chez La Découverte. Il y avait prévu que la crise éclaterait d'abord aux Etats-Unis et spécifiquement dans le secteur immobilier. On poursuivra l'analyse sur son blog.
Il y a cinq ans de cela dans La Tribune, Michel Aglietta reprochait aux spéculateurs : "Aujourd'hui, comme on ne croit plus à la valeur des choses, il faut empocher au plus vite ses profits." En 2004, il rappelait que "la dictature du cours de Bourse mène à la catastrophe." Imaginons un instant une économie sans Bourse : cela serait-il vraiment gênant pour notre économie ? Ce serait ennuyeux pour les spéculateurs de tout poil, mais certainement pas pour l'économie de proximité qui a depuis toujours l'habitude de vivre sur ses deniers et pas sur ceux des voisins.
Un des fondements de l'ultra-libéralisme est cette croyance utilitariste qui prétend que la maximisation de ses intérêts personnels est le moteur ultime de toute société humaine. Les travaux de la revue Mauss et les études de Christian Laval et d'Alain Caillé ont démontré la vanité d'une telle croyance qui survalorise le profit et conduit à la faillite. On lira avec ravissement La Critique de la raison utilitaire de Alain Caillé aux éditions de La Découverte (1989) et L'Homme économique, essai sur les racines du néo-libéralisme de Christian Laval aux éditions Gallimard.
J'oublie très certainement de nombreuses sommités qui se sont élevées depuis longtemps contre les dérives d'un modèle économique ultra-libéral. Que le lecteur m'en excuse et apporte ici son lot de connaissances en la matière !
14:36 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, crise économique, crise mondiale, économie de proximité, robert shiller, mondialisation, paul jorion
08.10.2008
Quel avenir pour la e-location entre particuliers ?
Tout le monde connait des sites comme E-bay ou Priceminister sur lesquels on peut se débarrasser sans complexe de ses cadeaux de Noël. Arrivent aujourd'hui sur le marché encombré du e-commerce des entreprises de e-location qui, à l'image de Zilok, proposent la location de biens de toute sorte entre particuliers. Au début de l'été, il y avait vingt mille inscrits sur ce seul site. Ce genre de commerce appelle plusieurs réflexions. On peut se poser la question de la rentabilité d'un tel produit dans la mesure où, hormis une commission à verser, on n'est pas sûr de revoir l'objet loué et, en cas de retour, sera-t-il en bon état ? Par ailleurs, les frais d'expédition de l'objet impliquent une location à proximité du lieu de résidence du loueur, ce qui limite l'expansion d'un tel service aux grandes villes. On le qualifiera donc de service de proximité limité et payant.
Un autre problème posé par la e-location est la concurrence directe envers les commerces traditionnels. S'il reste à prouver qu'elle soit un service durable et économique, elle ne crée pas autant d'emplois qu'une entreprise traditionnelle. Par ailleurs, et c'est une critique que j'adresse au e-commerce en général, ce genre d'activité, si elle commence dans un garage, demande par la suite de lever des fonds qui feront d'elle une major du e-commerce. Cela au détriment du petit entrepreneuriat. Nous sommes loin d'une économie de proximité. Une affaire à suivre, mais je donne peu de crédit à ce modèle économique.
On lira avec intérêt l'étude Ipsos dédiée.
09:34 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : e-location, e-commerce, zilok, commerce traditionnel
03.10.2008
Peut-on encore parler des dessous de la grande distribution ?
Lorsqu'un média souhaite aborder les dessous de la grande distribution, il doit savoir que de possibles rétorsions seront prises à son encontre. Je l'ai dit plusieurs fois ici, ce secteur économique a remplacé l'industrie de grand-papa en matière de groupe de pression. En clair : trop d'articles "malveillants" et la manne publicitaire est supprimée. On peut d'ailleurs penser que tout cela s'arrangera avec une FranceTélévision sans publicité. Oui, mais c'est oublier combien le monde politique et celui de la grande distribution sont subtilement imbriqués. Qu'ils soient de gauche ou de droite, les hommes politiques sont influencés par les agents recruteurs de ce secteur économique qui pourvoit, comme chacun le sait, énormément d'emplois de très bonne qualité. Et dans la mesure où le monde politique et celui des médias sont tout aussi liés...
Alors me direz-vous, il y a pourtant d'excellents reportages régulièrement diffusés sur toutes les chaines. Oui, mais je prétends que ces reportages s'arrêtent à la surface des choses. Voire même, favorisent-ils le discours des grandes enseignes. Qui a fait un reportage sur le vol pur et simple perpétré par les centrales d'achat sur les petites enseignes de proximité affiliées ? Pourtant, le Conseil de la concurrence a été saisi, c'est de notoriété publique. Qui possède suffisamment d'entregent pour imposer à Jérôme Bédier un face-à-face avec Christian Jacquiau ? Personne. Monsieur Bédier n'était pas disponible, ou n'a pas souhaité débattre, etc.
Par ailleurs, écrire un livre sur un grand du secteur de la grande distribution est devenu problématique lorsqu'il s'agit de le mettre en vente. Les grandes enseignes sont devenues des vendeurs de livres incontournables, les dirigeants des grandes librairies commerciales et ceux de la grande distribution fréquentent les mêmes microcosmes, voirent possèdent sinon des liens capitalistiques, au moins des échanges de postes d'administrateurs.
Il y a donc fort peu d'hommes et de femmes de média qui prennent le risque de créer une maison d'édition pour que cela soit souligné. Vous connaissez tous Bertrand Gobin qui, après avoir écrit L'Empire des Mulliez et ouvert un blog éponyme, a vu le premier retiré de la vente et le second fermé par voie judiciaire. A la différence de Denis Robert, il n'a pas eu la folie meurtrière de se battre contre les moulins. D'autant plus, et il le souligne lui-même dans un article de son nouveau blog, qu'il n'est pas prouvé formellement que les Mulliez soient derrière cette manoeuvre judiciare. Je suis intimement convaincu que ce journaliste possède une haute idée de la déontologie du journalisme et j'ose espérer qu'il n'aura que du succès. C'est tout le mal que je lui souhaite. La prochaine enquête, que j'attends avec impatience et que j'achèterai dans une petite librairie de proximité avant qu'elle ne soit interdite de distribution (rire jaune), s'intitulera Leclerc, enquête sur un système. La présentation de cet ouvrage est assez énigmatique : avec quelles méthode cette enseigne est devenue numéro un en France ? Une organisation à bien des égards déroutante... Pour l'instant, cela ne fait pas monter l'adrénaline, mais je ne pourrai pas passer à côté en tant que professionnel du secteur ! L'auteur, qui aura le privilège d'être débarqué du magazine Linéaire avec un parachute en plomb (pure fiction de ma part) est Frédéric Carluer-Lossouarn. Souhaitons-lui un grand succès !
23:15 Publié dans Le petit monde de la Grande Distribution | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grande distribution, frédéric carluer-lossouarn, auchan, leclerc, bertrand gobin, journalisme


















