L'homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme
Auteur : Christian Laval
Editeur : Editions Gallimard
Année : 2007
Christian Laval remonte aux origines du modèle de l' «homme économique», mû par son seul intérêt.
Si le modèle du marché et une certaine façon comptable de penser les relations entre les hommes tendent à envahir tous les domaines bien au-delà de la seule sphère économique, ce règne généralisé de l'utilité et de l'intérêt est le produit et l'aboutissement d'une longue histoire que s'est attaché à retracer Christian Laval. Alors que l'Occident médiéval avait reçu en héritage de l'Antiquité une conception morale et politique faisant passer les devoirs envers la communauté avant l'intérêt personnel, la mutation qui s'opère, à partir du XVIe siècle, va peu à peu concevoir l'utilité publique comme la somme ou la résultante des intérêts individuels. Le principe de la nouvelle pensée politique qui s'épanouit, de Machiavel à Hobbes, sera que rien ne peut se faire contre l'intérêt et qu'il convient en toute chose de s'appuyer sur lui. Bien avant la constitution de la pensée libérale, l'idée se fait ainsi jour qu'on ne peut gouverner les hommes que par l'intérêt, et que, comme le dira bientôt Hume, «chacun doit être considéré comme un fripon, qui n'a d'autre fin dans toutes ses actions que son propre intérêt». On passe ainsi d'une conception négative à une conception productive des passions et des vices eux-mêmes, dont Mandeville juge qu'une habile politique peut les changer en «bienfaits publics». Si dangereux que soient les égoïsmes, ils n'en constituent pas moins les forces élémentaires avec lesquelles il faut composer, selon un jeu complexe dont philosophes et savants - Helvétius, Adam Smith ou Bentham - s'emploient à établir les lois.
Ce modèle de l' «homme économique» qui, porté à son paroxysme par le néolibéralisme contemporain, nous invite à tout penser en termes d'avantages et de coûts n'appartient donc pas d'abord et seulement à l'économie. Aussi l'invention d'une autre manière de vivre ensemble suppose-t-elle, selon Christian Laval, de rompre avec cette représentation globale de l'homme, conçu, selon l'expression de Marcel Mauss, comme «machine à calculer». On lui accordera que «ce qui a été fait peut être défait», mais on regrettera que la conclusion de cet essai ne soit pas plus précise sur ce point et se contente d'opposer un peu sommairement le désir libérateur au moi calculateur et aliéné.
Note : 7/10
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