03.10.2008

Peut-on encore parler des dessous de la grande distribution ?

Lorsqu'un média souhaite aborder les dessous de la grande distribution, il doit savoir que de possibles rétorsions seront prises à son encontre. Je l'ai dit plusieurs fois ici, ce secteur économique a remplacé l'industrie de grand-papa en matière de groupe de pression. En clair : trop d'articles "malveillants" et la manne publicitaire est supprimée. On peut d'ailleurs penser que tout cela s'arrangera avec une FranceTélévision sans publicité. Oui, mais c'est oublier combien le monde politique et celui de la grande distribution sont subtilement imbriqués. Qu'ils soient de gauche ou de droite, les hommes politiques sont influencés par les agents recruteurs de ce secteur économique qui pourvoit, comme chacun le sait, énormément d'emplois de très bonne qualité. Et dans la mesure où le monde politique et celui des médias sont tout aussi liés...

 

Alors me direz-vous, il y a pourtant d'excellents reportages régulièrement diffusés sur toutes les chaines. Oui, mais je prétends que ces reportages s'arrêtent à la surface des choses. Voire même, favorisent-ils le discours des grandes enseignes. Qui a fait un reportage sur le vol pur et simple perpétré par les centrales d'achat sur les petites enseignes de proximité affiliées ? Pourtant, le Conseil de la concurrence a été saisi, c'est de notoriété publique. Qui possède suffisamment d'entregent pour imposer à Jérôme Bédier un face-à-face avec Christian Jacquiau ? Personne. Monsieur Bédier n'était pas disponible, ou n'a pas souhaité débattre, etc.

 

Par ailleurs, écrire un livre sur un grand du secteur de la grande distribution est devenu problématique lorsqu'il s'agit de le mettre en vente. Les grandes enseignes sont devenues des vendeurs de livres incontournables, les dirigeants des grandes librairies commerciales et ceux de la grande distribution fréquentent les mêmes microcosmes, voirent possèdent sinon des liens capitalistiques, au moins des échanges de postes d'administrateurs.

 

Il y a donc fort peu d'hommes et de femmes de média qui prennent le risque de créer une maison d'édition pour que cela soit souligné. Vous connaissez tous Bertrand Gobin qui, après avoir écrit L'Empire des Mulliez et ouvert un blog éponyme, a vu le premier retiré de la vente et le second fermé par voie judiciaire. A la différence de Denis Robert, il n'a pas eu la folie meurtrière de se battre contre les moulins. D'autant plus, et il le souligne lui-même dans un article de son nouveau blog, qu'il n'est pas prouvé formellement que les Mulliez soient derrière cette manoeuvre judiciare. Je suis intimement convaincu que ce journaliste possède une haute idée de la déontologie du journalisme et j'ose espérer qu'il n'aura que du succès. C'est tout le mal que je lui souhaite. La prochaine enquête, que j'attends avec impatience et que j'achèterai dans une petite librairie de proximité avant qu'elle ne soit interdite de distribution (rire jaune), s'intitulera Leclerc, enquête sur un système. La présentation de cet ouvrage est assez énigmatique : avec quelles méthode cette enseigne est devenue numéro un en France ? Une organisation à bien des égards déroutante... Pour l'instant, cela ne fait pas monter l'adrénaline, mais je ne pourrai pas passer à côté en tant que professionnel du secteur ! L'auteur, qui aura le privilège d'être débarqué du magazine Linéaire avec un parachute en plomb (pure fiction de ma part) est Frédéric Carluer-Lossouarn. Souhaitons-lui un grand succès !

28.07.2008

Loi de modernisation : un avenir d'argent...

Une contribution de Guillaume Bensi (Visible sur Viadeo)

 

Guillaume Bensi.jpgS'il est convenu de dire que les lois précédentes (Dutreil, Galland, Royer, etc..) ont modifié le contenu juridique des CGV ou des CGA, on constate pourtant (les professionnels du secteur) qu'au travers des années, les ristournes arrières éternellement renommées ont toujours conservées leurs paiements bien réglés. Qui aurait pu croire à une révolution au lendemain de l'application de la loi Chatel ?

La grande distribution ne connaît qu'un business plan : les marges arrières. Les marges "avant" servent à se battre aux yeux du consommateur dans des catalogues où seules les marques n°1 du secteur apparaissent. Ou disparaissent au profit de la marque du distributeur lui même.. L'origine du produit provenant de la même usine... Le jeu est alors tronqué et manipule l'opinion publique. Voilà bien longtemps que Carrefour, Fnac ou Auchan disposent de sièges à Genève. Cela n'est pas pour pratiquer le ski nautique sur le lac Léman.. . Le politique, lui, a tellement profité de "valises" dans le passé qu'il est délicat de réagir aussi fermement. Les enseignes ont commencées à fusionner les unes aux autres depuis les années 80. Une règle du commerce définit que 1 + 1 n'égal pas 2. Si la fusion d'un enseigne à une autre mutualise les achats, les quantités à vendre sont moindres. De fait, on a juste acheté son concurrent pour le mettre sur le banc des remplaçants. Le capitalisme en grand. Mais que fait donc le politique pour ne pas dynamiser encore plus le secteur ?

La discussion du petit commerce s'inscrit dans le totalement hors sujet.

Alors, l'avenir de la grande distribution sera aux mains de financiers (elle l'est déjà). Et l'on voit comme le circuit est déjà bien aquis. Les fournisseurs et distributeurs ont depuis longtemps atteint leurs développements organiques. Seul la croissance externe (internationale) permet de "grandir" en dehors de toute considération humaine. Cette croissance nécessite des investisseurs qui, pour séduire, décideront telle ou telle action pour satisfaire le fonds concerné. Les récentes fusions dans l'univers impitoyable de la bière, l'action Carrefour qui connaît des turbulences frénétiques... On parle de crise de subprimes, de la Chine qui consomme plus de pétrole, de tensions politiques.. .En réalité, les banques garantissent des revenus et se remboursent des pertes de la crise finançière actuelle en spéculant de façon sensible sur le prix des matières premières. Comme tout à chacun, personne n'a eu vent d'un désastre agricole majeur... Ces valeurs refuges sont payées cash par le si fidèle client, c'est tout l'avantage d'un distributeur.

Le fautif ? Le consommateur lui-même qui développe sans cesse son cerveau Coca-Cola et rend son existence vibrante grâve à ses plaintes.

Le sauveur ? Le pétrole sans doute. Grâce au développement économique mondial, le brut léger connaît des hauteurs très désagréables pour le consommateur final qui devra rapidement modifier ses comportements d'achats en consommant tout autrement.

La finalité ? C'est bien ce qui motive mon post de ce jour. Je me demande bien, dans le fond, à quoi satisfait tout cela ?

25.07.2008

Il a de beaux restes...!

En fin analyste de la situation dans la grande distribution...

 


22.05.2008

Une histoire de sous…

914556990.jpgDes franchisés du Groupe Carrefour, en l’occurrence Guyenne & Gascogne d’une part, et Coop Atlantique d’autre part, sont en conflit pour une question de tarifaire. Le Groupe Carrefour, agissant ici en qualité de centrale d’achat, est accusé de ne pas rétrocéder toutes les marges arrières. Ceci est à mettre en parallèle avec les tarifaires anormalement élevés pratiqués par ce même groupe à l’endroit de ses affiliés et franchisés de la branche proximité. Si la situation est grave, il est bon de savoir que Carrefour loge tout le monde… à la même enseigne ! Dans la lutte pour l’amélioration du pouvoir d’achat, les centrales d’achat vont devoir revenir à leur mission première : acheter au moins cher certes, mais aussi revendre au moins cher. Leur rôle n’est pas d’encaisser les marges arrières pour le compte de l’expansion des groupes de distribution.
 
Fidèle à sa politique de communication dans laquelle le faucheton le dispute au mielleux, en fin de journée, ce jeudi 22 mai, Carrefour a publié un communiqué précisant qu’il ne souhaitait pas commenter cette affaire, mais continuait d’entretenir “un dialogue permanent avec Guyenne et Gascogne comme avec l’ensemble de [ses] autres partenaires et affiliés.”

Une promesse de Gascon ?

16.02.2008

Définitions dans le secteur de la Grande distribution et du Commerce de Proximité

I

  • Indicateur de revenu libéré

    Cet indicateur a été proposé par la commission Quinet de 2008. Il ne se substitue pas au pouvoir d'achat par unité de consommation, indicateur calculé chaque année par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), mais le complète. L’indicateur de revenu libéré inclut le prix des logements neufs et le montant des remboursements d’emprunt.

  • Inflation

    Selon l’INSEE, l'inflation est une augmentation générale et durable des prix qui se traduit par une perte du pouvoir d'achat de la monnaie.
    Elle doit être distinguée de l'augmentation du coût de la vie qui, elle, affecte la répartition personnelle des revenus.
    Le taux d’inflation est mesuré par l'indice des prix à la consommation (IPC). Mais cette mesure n'est pas toujours exacte car les variations de l'indice des prix ne sont pas toutes d'origine inflationniste.

  • Indice des prix à la consommation (IPC)

    L'indice des prix à la consommation (IPC) permet d'estimer, entre deux périodes, la variation moyenne des prix des biens consommés par les ménages. C'est une mesure synthétique de l'évolution des prix des produits, à qualité constante.
    Il est publié chaque mois au Journal officiel. Il doit être distingué de l'indice du coût de la vie.

 

M

  • Marge arrière

    Les réductions de prix hors facture, en particulier les ristournes différées en fin d’année, accordées par les fournisseurs, constituent la marge arrière du distributeur. Jusqu’alors, celles-ci ne pouvaient pas être prises en compte dans le calcul du seuil de revente à perte.

 

P

  • Pouvoir d’achat

    Le pouvoir d’achat représente la capacité d'achat en termes de biens et services que permet le revenu. On parle généralement de pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB). Celui-ci représente le solde entre le RDB et les prix des biens et services consommés par les ménages.

 

S

  • Seuil de revente à perte (SRP)

    Le SRP est le seuil à partir duquel les ventes sont considérées comme s'effectuant à perte. Il est égal au « prix d'achat effectif », qui comprend le prix des produits figurant sur les factures établies par les fournisseurs au distributeur, et toute réduction de prix acquise à la date de la vente. Dans le projet de loi de modernisation de l’économie proposé par le gouvernement début 2008, il est précisé que le seuil de revente à perte pourra désormais inclure les marges arrière.

 

Source : La Documentation Française

14.09.2007

La grande distribution française ressemblera-t-elle bientôt à celle du Maroc ?

Avec une concentration non maîtrisée de la grande distribution française, il est à craindre que le consommateur n'ai bientôt plus suffisamment le choix entre diverses enseignes. Albayane fait ainsi état du monopole qui existe au Maroc, avec seulement deux groupes de distribution, impliquant une concurrence quasi nulle. Avec trois centrales d'achat qui tiennent la dragée haute à l'industrie alimentaire, il me semble que la grande distribution française est en bonne voie pour ressembler à celle du Maroc.

16.12.2006

Plus tard, je serai gérant mandataire chez Casino !

Dans le petit monde des dirigeants du commerce coexistent trois statuts sociaux. En premier lieu, nous trouvons les indépendants, propriétaires de leur fonds de commerce, qui pilotent leur entreprise souvent en nom propre : ils achètent et revendent la marchandise, paient les charges (fonctionnement, personnel, taxes...) et s'impliquent personnellement dans la vie locale. Il s'approvisionnent parfois auprès de centrales ou de groupements d'achats, en ayant pour cela adopté ou pas une enseigne. Lorsqu'ils s'enrichissent trop, ils sont montrés du doigt comme des profiteurs ; lorsqu'ils font faillite, tout le monde leur tourne le dos.

medium_mbon.gifUn deuxième groupe d'individus dévoués et serviles sont les dirigeants d'unités commerciales sous enseignes intégrées à un grand groupe. Ce sont les directeurs de supermarchés, d'hypermarchés et magasins discount. Dans leur cas de figure, ils ne sont pas responsables sur leurs deniers personnels en cas de mauvaise gestion de leurs magasins. Tout au plus risquent-t-ils une mise au placard, voire un licenciement économique, c'est-à-dire aux frais de la collectivité.
Les supérieurs hiérarchiques de ces directeurs sont souvent d'anciens élèves de grandes écoles qui vont de conseils d'administration en conseils de surveillance, empochant au passage des stocks options énormes en regard de ce que gagnent leurs employés.

medium_2_-_Epicier_formidable.gifEt enfin il y a les gérants mandataires ! Ce contrat est utilisé par des entreprises comme le Groupe Casino pour exploiter ses petites unités commerciales à l'enseigne "Petit Casino". Les couples candidats sont séduits par la perspective de travailler en couple, de bénéficier d'un logement de fonction (souvent minable), de s'intégrer à la vie sociale d'un quartier ou d'un village et, après avoir fait trop logtemps ses armes dans un magasin difficile, d'intégrer une surface plus importante et de goûter enfin aux plaisirs des grosses journées bien payées.
medium_1_-_Naouri.jpgLe revers de la médaille, pour avoir connu le système de l'intérieur, est que la direction de ce groupe, managée par un financier implacable en la personne de Jean-Charles Naouri, n'a jamais osé toileter ce contrat d'un autre âge. En fait, l'apprenti-commerçant s'apperçoit rapidement qu'il n'est pas maître de commercer comme la situation locale de son magasin l'exige : assortiments, horaires et jours d'ouverture sont maîtrisés par la direction. Celle-ci lui imposera un rythme de gestion inadapté à la structure du commerce : commande de produits périssables complètement loufoque par exemple. Ceci conduit les gérants de succursales dans des situations financières difficiles qui sont elles-même sanctionnées par le contrat ! En clair : ils font ce que la direction leur dit de faire et s'ils se plantent, ils paient et ils partent ! Le Groupe Casino a trouvé à bon compte un moyen d'empocher un maximum d'argent sans endosser les risques du métier.
Un dernier petit détail : le salaire minimum garanti équivaut à une fois et demi le Smic pour un couple.

Un forum animés par ces gérants est accessible par un lien mentionné ci-contre.

Casino, ton univers impitoya-a-ble !

19.11.2006

L'entreprenariat est-il soluble dans la mondialisation libérale ? L'exemple de la grande distribution

La grande distribution, telle qu'elle est organisée aujourd'hui, contribue largement à la mondialisation ultra-libérale.

medium_1.gifLa démonstration est implacable : pour séduire le client, il faut des prix bas. Ceux-ci s'obtiennent en étranglant le producteur ou le fabricant : "vous nous faites les meilleures conditions si vous voulez être présents dans nos rayons". Que fait l'industriel pour s'aligner ? Il baisse ses coûts de production : précarisation de l'emploi, achat de matériaux dans les pays en voie de développement, voire délocalisation.
Cette démarche économique favorise conjointement la concentration des petites et moyennes entreprises et la paupérisation du salariat et des petits chefs d'entreprise qui souhaitent rester indépendants.medium_2.gifNous passerons sur la qualité des relations dans le travail qui découle de ce libéralisme extrème. Dans la mesure où pratiquement tout le monde s'appauvrit, il devient indispensable de baisser à nouveau les prix : la boucle est bouclée...
Dans ce contexte, il faut avoir beaucoup d'audace pour se mettre -ou rester- à son compte ; ou bien beaucoup d'humilité pour accepter de courber le dos devant les exigeances de la mondialisation. Vous avez le choix entre devenir un petit patron dont le revenu sera décidé par les centrales d'achat, ou bien une caissière précaire de Aldi, ou encore un cadre surmené chez Carrefour.medium_3.gifElle est pas belle la vie ?!
Si nous ne mettons pas des garde-fous, si nous n'acceptons pas une forme de contrôle de la "main invisible", nous courons tout droit, et cela a déjà commencé, vers la disparition d'un capitalisme de taille humaine au profit d'un ultra-libéralisme débridé et castrateur.

"Etre libéral, ce n'est pas la liberté de faire n'importe quoi." Gilles de Robien in "Alexis de Toqueville"

30.10.2006

Un ouvrage incontournable

medium_239165-301588.jpgSe posant en chevaliers blancs au service du consommateur, les dirigeants de la grande distribution ont bâti leur fortune en une seule génération.

Ce livre essentiel montre comment ils ont détruit des emplois plus qu'ils en ont créés. Comment ils ont défiguré la périphérie de nos cités après avoir vidé nos centres-villes. De quelle façon ils s'y sont pris pour faire baisser les prix des producteurs et provoquer les délocalisations que nous connaissons aujourd'hui.

Avec un style clair, découvrez des exemples concrets, des témoignages et les mécanismes qui ont permis à la "grande distrib" d'inventer un nouveau modèle de corruption à la française.

medium_bothorel.jpgSommaire :
    • Les petits prix font les grandes fortunes
    • Des lois détournées
    • Les nuits chaudes de Sarkozy
    • L'été meurtrier
    • Mammouth écrase l'emploi
    • Nous n'irons plus au champs...les fleurs sont coupées
    • La grande distribution raconte des salades
                                                        • Wal-Mart, grand méchant loup
                                                        • Le complice chinois

medium_a_32-100-130.jpg"La Grande Distribution, enquête sur une corruption à la française" de Jean Bothorel et philippe Sassier. Bourin Editeur, 2005 - 234 pages - 19€00

Des extraits sur Novopress.info