05.02.2009

De nouvelles enseignes de proximité chez Carrefour : une bonne idée ?

breve_4053.jpg.gifDans une optique de convergence d'enseignes, le Groupe Carrefour teste depuis novembre deux nouvelles enseignes de proximité. Il y a tout d'abord Carrefour Contact qui est présenté comme le magasin du quotidien des petites villes et villages. Il y a aussi Carrefour City, le magasin solution pour faciliter la vie des urbains et des nomades. Cette initiative amène plusieurs questions.

 

Dans les divers articles produits par les journalistes spécialisés ne sont pas abordés les modalités de changement ou de création d'enseigne. Sont-ce des Proxi Services et des Huit-à-Huit qui sont transformés ? Quid du statut du dirigeant : indépendant affilié, franchisé, directeur salarié ? Cette question mérite d'être posée afin de vérifier si l'intention du Groupe Carrefour ne serait pas de déguiser élégament l'intégration de son réseau qui est composé, rappelons-le, essentiellement d'indépendants avec enseigne (Proxi Service). Ceux-ci se posent depuis longtemps la question de la politique du Groupe Carrefour en matière de proximité. Avec en toile de fond le problème des prix de cession interne qui sont beaucoup trop élevés pour assurer une concurrence loyale entre les formats de proximité indépendants et les formats intégrés. Ceci fait l'objet d'une saisine du Conseil de la Concurrence qui devrait aboutir au printemps de cette année. Ces nouvelles enseignes pourraient être le moyen pour le Groupe Carrefour de reprendre en main les différents statuts d'exploitation et de tout intégrer sous le même statut : celui de franchisé. Que va devenir le vrai indépendant dans notre pays ? Edit du 6 février : selon une source interne au groupe, Carrefour France prend systématiquement au moins 26 % du capital de l'entité exploitante, ce qui vient corroborer mon point de vue.

 

Dans le même ordre d'idée, la question se pose d'un réseau à deux vitesses : les nouvelles enseignes de proximité qui auraient des conditions avantageuses (prix, cartes de fidélité) et les indépendants affiliés qui ne feraient pas partie du réseau et qui, au travers de leur tarifaire anormalement élevé, continueraient à financer cette politique déloyale. Par ailleurs, en communicant délibérément sur le côté dépannage de ces enseignes, on signe un blanc seing aux clients en leur expliquant que la proximité n'est pas faite pour y faire toutes ses courses. Hors, à mon sens, si l'on veut revenir à une consommation responsable et durable, il faudrait au contraire faire en sorte que les centrales d'achat privilégient ces formats, notamment au niveau des prix de cession.

 

Sur la forme, on peut à contrario se demander si ces nouvelles enseignes ne vont pas payer l'image de cherté de l'enseigne phare du groupe, à savoir Carrefour. Nous allons passer d'un système d'enseignes qui répondaient, malgré le problème des prix, assez bien à l'image que les consommateurs se font de la proximité, à un système global qui appellera sans doute une réflexion unanime : la Planète Carrefour. Une sorte de WorldCompany ! Et cette nouvelle image qui se dessine ne répond pas à l'évolution de l'idée que se font les consommateurs de la distribution (qu'elle soit "grande" ou de proximité).

 

Pour toutes les raisons évoquées ici, j'invite la profession à faire preuve de prudence et à poser les bonnes questions au Groupe Carrefour. L'avenir du métier est en cause.

 

(Photo : Franchise Magazine)

08.03.2008

La sixième raison !

Dans un article du Monde.fr daté de demain, Nathalie Brafman donne cinq raisons qui empêchent les prix de baisser en France. La mise en coupe réglée du territoire français : seulement 13 % des zones commerciales sont couvertes par plus de deux enseignes. Des positions dominantes qui sont renforcées par la multiplicité des formats qui maillent certains territoires. La loi Raffarin qui aurait freiné le développement des discounters. Je parle au conditionnel car je ne suis pas d’accord sur ce point. Mon argumentation méritera une note à part. Une loi Galland trop rigide et qui devrait être assouplie dans le package de la loi de modernisation de l’économie : industriels et distributeurs vont tirer leurs prix vers le bas, balayant au passage quelques salariés et petits fabricants. L’idée fausse selon laquelle les supermarchés sur Internet seraient moins chers.
 
A cela j’ajoute une sixième raison, qui existe depuis toujours, mais qui n’était pas évidente tant que le pouvoir d’achat n’était pas la première préoccupation des Français. Je veux parler des prix anormalement élevés que les centrales d’achat appliquent sur leurs petits affiliés indépendants. Le Groupe Carrefour sur les affiliés Proxi Service ; le Groupe Casino sur les franchisés Vival. La distortion est devenue trop importante pour que le consommateur n’en tire pas les conséquences. J’en veux pour preuve une enquête prix que j’ai faite aujourd’hui entre mon enseigne (Proxi Service) et un magasin Carrefour situé à douze kilomètres. Elle révèle que j’achète TTC les produits à la centrale d’achat 11 % plus chers que ne les vend le magasin Carrefour à ses clients ! Là-dessus, je prends une marge pour couvrir les charges inhérentes au fonctionnement de mon commerce : rémunérations, charges fixes et variables, taxes, etc. Pour ce qui est du Carrefour de Crêches sur Saône, ces charges sont payées par le siège national du groupe. J’apporte donc ici la preuve que les petits commerces indépendants affiliés au Groupe Carrefour financent les enseignes intégrées de ce même groupe.
 
J’ai par conséquent entamé une négociation avec le Groupe Carrefour pour qu’ils intègrent dans mes prix d’achat les marges arrières qu’ils gardent pour leur seul profit et celui de leurs enseignes intégrées. J’invite mes collègues à en faire autant et à me contacter pour mettre en place un syndicat d’affiliés.

16.05.2007

La logistique, version Promodès Carrefour

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Quand la logistique se concentre, s'affine et veut devenir plus efficace : un petit aperçu de ce que ça donne !

Depuis quelques mois, et singulièrement depuis que le Groupe Carrefour a décidé, sans consulter ses affiliés, de maximiser (encore un peu plus) sa logistique, nous assistons sur le terrain a une déconfiture totale qui laisse à penser que l'entreprise est en train d'atteindre son plus haut niveau d'incompétence !

Tout a commencé avec la prise de commande qui  se fait une demi-journée plus tôt que auparavant, ce qui implique pour l'affilié une adaptation de ses stocks à son détriment. Il ne perd pas une demi-journée de maximisation de ses stocks mais bel et bien une journée complète, puisqu'il veut éviter d'avoir à faire sa commande le matin. Le matin êtant en effet la période de la journée où les commerces alimentaires de proximité sont les plus fréquentés.

Ensuite, la préparation se fait sur des rolls (photo ci-dessus) qui sont devenus dangereux suite à une mauvaise utilisation par les entrepôts : assemblés souvent sans attaches au socle, chargés au delà du poids maximal de charge, les rolls sont ensuite déplacés par des Transpals et des Saxby. Les roues de ces rolls sont ainsi âbimées car trainées au sol dans le mauvais sens, choquées contre toutes sortes d'obstacles ; lorsqu'on ne leur attache pas en plus autour le film de protection, bloquant leur rotation. A ce niveau de la préparation, aucun collaborateur de l'entrepôt ne prend l'initiative de remonter le problème.

Enfin, la livraison est très souvent un grand moment de solitude. Outres les rolls qui arrivent en piteux état, la marchandise est livrée sans facture (voire avec les factures d'un autre affilié). Les horaires et consignes de livraison ne sont plus respectés, désorganisant d'autant les clients affiliés. Le pompon a été décroché la semaine dernière par un chauffeur-livreur excédé qui s'en est pris violemment à une commerçante, la menaçant physiquement et verbalement...

Autre révélateur de la crise d'organisation que subissent les clients est le schéma de circulation des documents d'emballages, point qui fera l'objet d'une note à part, mais qui peut être ici résumé : ces documents sont remplis par des chauffeurs-livreurs qui n'ont que faire de cette formalité, d'où de fréquentes erreurs qui, hasard, sont en défaveur du client livré. Les lettres de voiture qui accompagnent les rolls sont emplies par l'entrepôt en dépit du bon sens, donnant à l'affilié un travail supplémentaire pour se faire créditer les erreurs.

Le comble de tout, à mon sens, est l'inaction dans laquelle s'enferment à la fois la direction générale et les directions des entrepôts : il me semble que si l'encadrement avait la volonté de résoudre ces problèmes, elle l'aurait fait depuis longtemps. Pour avoir des informations de diverses sources internes, je peux vous dire que la logistique Carrefour-Promodes est en ce moment la proie de dissensions entre d'un côté des employés subalternes qui n'ont d'autres soucis que de ramasser les miettes des profits du Groupe, et de l'autre, en encadrement composés de Kadors qui ont celui de sauver leur peau, en prenant le moins possible d'initiatives, et en attendant que l'orage passe.

Sur le terrain, les affiliés gardent la tête dans le guidon, essayant de ne pas faire dérailler leurs petits vélos ; la direction n'ayant rien à craindre puisqu'ils ne sont pas organisés en force représentative. A moins que l'un d'entre eux ne veuille prendre la tête du peloton...